Soyez une blatte
Survivez à tout
Dans la vie, il y a des merdes. Comme j’aime à le dire : ça va mal se passer - et à la fin, on meurt.
Une partie du boulot de psychologue, c’est de recevoir les gens confrontés à ces merdes.
Alors évidemment, je suis biaisé : je surestime la prévalence de certains risques ou la difficulté relative à s’en remettre puisque je ne reçois que ceux qui, confrontés à la difficulté, échouent à faire-face.
Mais si je me force à l’objectivité, je sais que de manière générale, on ne s’adapte pas si mal. C’est plutôt bien documenté d’ailleurs. On est toujours convaincu qu’on ne pourra pas se remettre de certaines claques - mais une fois confronté à elles, on découvre que… bah, en fait si. La vie ne s’arrête pas. On se reconfigure. On avance. Ca laisse parfois des traces, mais ça passe.
A ce sujet, il y a même une stat que je trouve fascinante : la population qui a le moins de chance de présenter des symptômes de TSPT est… la population des seniors. Ce qui est contre-intuitif : ce sont les plus âgés, ils devraient être les plus à risque d’avoir été impactés par les évènements de la vie. Et justement : oui, ils ont été cabossés, mais ils ont aussi eu le temps de se remettre et continuer. Pis il y a le biais du survivant : ceux qui n’ont pas réussi ne sont peut-être plus là.
Bref. Je trouve ça utile de le garder en tête : on se remet de (quasiment) tout. Et histoire de payer ma life, j’ai pu m’en convaincre encore récemment, dans ma vie personnelle. Un truc d’une banalité affligeante : une décision difficile mais nécessaire. Je savais que j’allais croquer. Pour une fois, ma prédiction d’avenir était bonne : je n’ai pas été déçu, c’était douloureux - horrible. Mais ce qui m’a aidé a été de me rappeler que ça finirait par aller. Que je me remets toujours. On parle d’entretenir l’optimisme dans les debriefs de situations traumatiques : il y aura des jours meilleurs.
Ca m’a inspiré un animal totem, qui survit à tout - même aux radiations paraît-il. Je pense qu’il est chouette, et qu’il faut le partager.
A vous qui êtes concernés par le passage d’un moment difficile : soyez telle la blatte. Ne perdez pas votre temps à romantiser la difficulté, à l’esthétiser. Je sais que c’est tentant de se raconter être tel le phénix qui renaîtra de ses cendres. Mais le phénix ça n’existe pas. C’est le moment d’être concret, pragmatique. De serrer les dents et d’avancer.
Soyez une blatte. Ca survit à tout la blatte. Je sais, c’est pas ultra sexy. Mais ça fait le taf. Dites-vous que vous avez ce qu’il faut pour passer le cap. Mieux, que vous êtes taillé pour.
Parce que ce qu’on se raconte conditionne ce qu’on fera ou ressentira.
Soyez une blatte. Ca survit à tout une blatte.
Surtout : soyez en fier.

